10.08.2019

Un pêcheur secouru par la SNSM après avoir passé plus de 7 heures dans l'eau

Son bateau avait coulé jeudi en milieu de journée.

Jeudi vers 14h15, le CROSS avise la SNSM que le bateau de pêche Integrity aurait coulé près d’Anguilla avec une personne à bord et nous demande d’aller faire des recherches sur zone. «La Rescue Star appareille à 14h45. Au départ, les informations sont très vagues : nous n’avons pas la position du bateau en détresse, on nous demande de mettre cap sur Anguilla en surveillant la mer autour de nous », raconte Anke, la patronne de la SNSM.

Sur la Rescue Star, les quatre équipiers dont un à bâbord, un à tribord et un à l'avant, guettent tout éventuel signe de détresse pendant que la patronne s’occupe de la navigation et des communications VHF.

«À 15h00, nous apercevons quelque chose flottant dans l’eau au milieu du chenal d'Anguilla : un coussin de bateau, puis un deuxième. Nous les récupérons et transmettons au CROSS la position GPS », continue de raconter Anke. «Mais il n’y aucun marquage sur les cousins, il est  donc impossible de savoir s’ils proviennent du bateau en question ».

Les équipiers ne voient rien d’autre aux alentours, le CROSS leur demande de poursuivre leur route vers Anguillita où le naufragé devrait se trouver, d’après la police anguillaise.

«Nous apprenons alors que le pêcheur, qui était seul à bord, avait réussi à alerter un ami par téléphone à 11h15, quand son bateau a coulé. Il avait eu la bonne idée de mettre son téléphone portable dans une pochette étanche ! L’ami est alors sorti avec son propre bateau pour le chercher et c’est lui qui à 13h30 a alerté les pompiers d’Anguilla pour lancer la chaîne classique de secours », poursuite la patronne. Le CROSS a été avisé à 14h.

La police Anguillaise a eu un dernier contact avec le naufragé vers 13h45, confirmant qu’il était dans l’eau et toujours vivant, mais sans pouvoir préciser sa position exacte.

De gros moyens ont été déployés : les Coast Guards Hollandais sur 2 Metal Sharks, qui ont pris à leur bord 2 policiers et des pompiers anguillais, la brigade nautique de la gendarmerie Française, des bateaux de particuliers (Funtime, Night Rider, etc.), le semi-rigide Rescue Star de la SNSM de Saint-Martin, ainsi qu’un avion DASH-8 qui survole toute la zone en faisant des aller-retour.

Le CROSS-AG attribue une zone de recherche à chaque moyen nautique, chacun surveille sa zone les yeux rivés sur l’eau en permanence. Mais en vain. «À 17h30, le DASH-8 signale un gilet de sauvetage dans l’eau qui sera récupéré par un des bateaux privés sur zone ; deux gilets supplémentaires et une nourrice d’essence sont aussi trouvés, toujours sans marquage. Puis la Brigade Nautique repêche, dans une autre zone, une banquette/siège de bateau où le nom du bateau Integrity est inscrit. Enfin une confirmation à 100% que les débris proviennent bien du bateau disparu », raconte la patronne de la SNSM.

Le CROSS-AG utilise alors la position de ces débris et de la banquette pour recalculer la localisation éventuelle de la victime en obtenant une nouvelle évaluation sur la base d'hypothèses de courants de dérive et demande à tous les bateaux de rester sur zone dans l’attente de la communication des nouvelles zones de recherches.

«Comme nous sommes sur l’eau depuis 14h40, nous avisons le CROSS-AG, vers 18h., que nous devons retourner à Saint-Martin pour faire le plein de carburant. La plupart des bateaux particuliers rentrent aussi à Anguilla, car ils ne sont pas équipés pour faire des recherches de nuit. La brigade nautique de la gendarmerie non plus, qui rentre elle aussi à la tombée de la nuit. Par contre les Metal Sharks des Garde-côtes Hollandais, qui ont une grosse capacité de fuel, restent sur zone.

Le DASH-8 atterrit pour la deuxième et dernière fois à 19h., sans avoir trouvé le pêcheur », continue Anke.

A 18h45, la Rescue Star arriveau quai de Delta Petroleum, l’un des sponsors de la SNSM. La station-service ferme à 17h mais elle répond toujours à l’appel pour un réapprovisionnement d’urgence en carburant en dehors des heures d'ouverture.

Le plein effectué, les équipiers repartent après avoir fait un petit détour à la station pour récupérer des jumelles thermiques.

À 19h25, la SNSM repart.

«Notre nouvelle zone de recherche est le chenal d’Anguilla, de la Pointe Plum à Blowing Rock, du Sud au Nord, en espaçant les tracés de 0,3 milles nautiques. Nous traçons de Terres Basses vers Anguilla ; un équipier guette avec les jumelles thermiques ; un autre balaie l’eau avec notre projecteur de recherche, quand soudainement, sur notre premier bord au bout de 10 minutes, il crie : “il est là… ! Il est là...! Nous sommes passés à peine à 5 mètres de lui...! », poursuit Anke.

La SNSM met le bateau au point mort immédiatement, garde la lumière sur le naufragé pour ne pas le perdre de vue, et va doucement vers lui.

«Il bouge à peine; nous lui crions que nous sommes là, qu’il est sauvé. Quand il comprend qu’il n’hallucine pas, il s’active, nous tend les bras et nous le hissons à bord.

Il est en bon état, sans plaies ni blessures apparentes, et est cohérent ; il blague même quand les équipiers le sortent de l’eau qu’ils doivent manger davantage de céréales avant de partir en sauvetage, afin d’avoir assez de forces pour hisser de gros calibres comme lui », raconte la patronne.

La SNSM avise immédiatement le CROSS-AG à 19h40 que le naufragé est à bord puis remet le cap sur Marigot, plus près qu’Anguilla.

«Le naufragé, K.P., nous explique que son moteur est tombé en panne, puis qu'une grosse vague a déferlé sur son bateau. A ce moment-là, vers 11h15, il a contacté son ami à Anguilla, mis un gilet de sauvetage (décision qui va lui sauver la vie) et tenté de pomper son bateau pour le vider, quand une autre grosse vague l'a frappé sur le travers et fait chavirer. Dans l’eau, il voit son bateau couler sous ses yeux. Il estime qu’il est alors environ midi. Il a vu des bateaux le chercher ; il a crié, a levé les bras ; l’avion est passé au-dessus de lui ; mais personne ne l'a vu. Une petite tête entre les vagues est quasiment impossible à voir. Il n’a rien pour signaler sa présence; pas de sifflet, pas de lumière, pas même de bandes réfléchissantes sur son gilet. Son téléphone, pourtant dans une pochette étanche, ne marche plus. Il nage pendant des heures pour essayer de rejoindre la côte de Saint-Martin. A la tombée de la nuit, il voit l’avion et les bateaux rentrer ; il n’en peut plus ; il est épuisé ; il arrête de nager, ferme les yeux, essaye de se “reposer” et se dit qu’au lever du jour les recherches vont certainement reprendre », confie la SNSM.

Les équipiers lui ont donné un téléphone pour contacter sa famille, qui est en pleurs et tellement heureuse de le savoir retrouvé sain et sauf, après avoir passé 7 heures et demi à nager et à dériver en mer.

Au quai à Marigot, l'attendent quelques cousins, d'autres membres de la S.N.S.M. de Saint-Martin et une ambulance des pompiers à destination des urgences du centre hospitalier de Saint-Martin, pour restauration, observation et analyses.

«Nous remettons les coussins récupérés par nous à la Police Anguillaise qui nous a rejoints avec l'un des Metal Sharks des Garde-Côtes Hollandais. Puis la Rescue Star retourne à son poste d'amarrage à la Marina Fort-Louis. Il est 20h45. Fin de mission ».

La SNSM souhaite remercier son sponsor pour lui avoir permis de refaire le plein de carburant après fermeture, sans quoi elle n’aurait pas pu repartir et le pêcheur naufragé n’aurait peut-être pas été retrouvé ainsi que le CROSS-AG, aux garde-côtes hollandais, à la brigade nautique, aux aviateurs du DASH-8 et à tous les bateaux privés impliqués dans cette collaboration internationale de sauvetage en mer, ainsi qu’à nos équipiers entièrement bénévoles qui répondent toujours présents pour aller au secours des gens de mer et plaisanciers en danger.

Morale de ce sauvetage

Un téléphone dans une pochette étanche et un gilet de sauvetage peuvent vous sauver la vie. Sans son gilet, K.P. ne serait plus là. Il portait un gilet très basique (type Jet Ski), sans lumière, sans sifflet, sans bandes réfléchissantes avec une flottabilité insuffisante pour sa corpulence... mais c’était mieux que rien.

La SNSM conseille de toujours porter un gilet, dans les activités nautiques et, idéalement, de l’équiper d’une lumière, d’un sifflet et de bandes réfléchissantes; afin d’avoir le maximum de chances de repérage si le pire arrive…. car des miracles comme celui d'hier soir ne se produisent que très, très rarement.

Estelle Gasnet
4 commentaires

Commentaires

Admirative !!
Bravo

Bravo et respect a vous mesdames et messieurs
TOUS BENEVOLES ces gens
merci

Médailles pour tous !

Bravo à tous les bénévoles de la SNSM.
Amicalement Hélléna

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