24.06.2019

Un nombre grandissant de tortues atteintes de fibropapillomatose

La Sint Maarten Nature Foundation a partagé des photos impressionnantes d'une tortue verte atteinte de fibropapillomatose.

« Nous avons malheureusement trouvé cette tortue verte atteinte de fibropapillomatose en train de nager autour de notre site de plongée « The Bridge ». Comme vous pouvez le constater la tortue marine a un nombre impressionnant de tumeurs sur le corps » écrivait la Sint Maarten Nature dans un post Facebook le 19 juin dernier accompagné de photos.

Ce n’est pas la première fois que des tortues atteintes de fibropapillomatose nagent dans les eaux de Saint-Martin. « On observe un nombre grandissant de cas depuis quelques années » souligne Julien Chalifour, responsable du pôle scientifique à la Réserve naturelle de Saint-Martin.

Décrite pour la première fois en 1938 chez des tortues vertes capturées en Floride, la fibropapillomatose est aujourd’hui présente partout dans le monde, avec cependant des taux d’atteinte très variables.

« Un alphaherpèsvirus serait l’agent responsable de la maladie, bien qu’il n’existe aucune preuve réelle de sa causalité. La maladie existe dans le monde entier, suggérant une cause multifactorielle plutôt que des facteurs ou des agents uniques. Parmi les facteurs possibles figurent certains parasites, bactéries, polluants environnementaux, rayons ultraviolets, variations de la température de l’eau et biotoxines. Même des facteurs physiologiques tels que le stress et le statut immunologique semblent être associés à la PF. Ces dernières années, nous avons constaté une forte réduction de la qualité de notre eau, qui pourrait jouer un certain rôle dans cette maladie des tortues marines. La recherche scientifique a établi un lien entre l'excès d'azote (eaux usées) qui s'accumule dans les algues que mangent les tortues de mer » explique la Sint Maarten Nature Foundation.

Ce que confirme Julien Chalifour : « comme pour les humains, l’herpès se déclenche sous l’action du stress. C’est pourquoi il est recommandé de ne pas stresser les tortues ni les toucher». Et par là il parle de toutes les tortues, et pas seulement celles qui ont des tumeurs car certaines peuvent avoir l’air saines visuellement mais être porteuses du virus. « Dans l’état actuel des connaissances, le virus ne se transmettrait pas à l’homme » avance le responsable du pôle scientifique. Toutefois l’homme peut être un vecteur, et transmettre la maladie à une tortue saine s’il en a touché une malade avant.

En 2017, la Réserve avait reçu sept signalements de tortues en détresse ou échouées. « La collision avec bateau à moteur représente la première cause de mortalité pour ces reptiles protégés à Saint-Martin, suivie par la fibropapillomatose » indiquait-elle alors. En juin 2018, une équipe de scientifiques américains de l’université de Floride a été accueillie par la Réserve pour faire des recherches sur les tortues vertes et mieux connaître les relations qu’elles entretiennent avec les herbiers, actuellement colonisés par Halophila stipulacea. « Cette espèce invasive a été introduite par l’intermédiaire des ancres et des eaux de ballastes de bateaux et grignote peu à peu de l’espace dans l’herbier sous-marin, où elle entre en compétition avec les espèces natives : Syringodium et Thalassia » expliquait la Réserve.

Cette étude devait également être l’occasion de réaliser des prélèvements de peau pour ouvrir la voie à une première étude locale sur la fibropapillomatose. Mais faute d’avoir obtenu à temps la dérogation des services de l’Etat pour réaliser des prélèvements sur cette espèce protégée, le second volet de cette étude a été avorté.

Crédits photos : Sint Maarten Nature Foundation

Fanny Fontan